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Ne pas en parler

février 2018

A l’annonce du diagnostic d’une maladie au pronostic incertain, le premier réflexe pour de nombreuses personnes est de cacher la nouvelle à leurs proches. Cela part d’un bon sentiment, celui de protéger ceux qu’on aime. On ne veut pas faire de peine, ne pas accabler son conjoint, ses parents, ses enfants ou frère ou sœur. En taisant on a l’illusion d’alléger les choses, en tout cas de ne pas ajouter un poids au quotidien déjà si chargé.

Mais qu’en pense celui ou celle à qui on ne dit pas ?

« Quand tu me tiens dans l’ignorance de ce qui t’arrive pour me préserver, je suis profondément blessé. Si tu me caches une chose aussi importante pour toi et pour nous, c’est que tu ne me fais pas confiance. » ou bien « Qu’ai-je donc fais pour que tu ne me considères pas digne de partager les moments difficiles ? Je me sens rejeté, mis à l’écart. Tu ne veux pas me faire de peine et moi je retiens que tu ne veux pas de mon aide ! »

La souffrance de la personne à qui on ne dit pas, renvoie à l’exclusion du groupe, au terrible sentiment de rejet. S’ensuivent toutes sortes de questions: pourquoi moi ? qu’est-ce qui me manque pour être mis de côté ? me croit-on si faible pour avoir besoin de me protéger ?…

Un enfant aussi a besoin de la vérité pour grandir sereinement. Si un parent quitte le foyer, est malade ou meurt, il est essentiel de parler à l’enfant, même bébé. Il est nécessaire de lui dire les choses simplement, avec des réponses plus précises au fur et à mesure qu’il grandit et pose des questions. C’est d’abord le considérer comme un membre de la famille, lui montrer qu’il est concerné, c’est le respecter aussi dans cette partie de son histoire. Si le parent respecte la blessure de son enfant celle-ci pourra cicatriser. Parler à un enfant permet également de nommer sa propre souffrance, que de toute manière il ressent confusément.

Au prétexte d’être respectueux de l’autre, nous ne disons rien. En fait ce n’est pas vraiment pour l’autre mais d’abord pour nous que nous nous taisons. D’abord nous avons besoin de temps pour digérer la nouvelle, nous taire permet de rester encore un peu dans le déni. C’est aussi un réflexe pour nous protéger nous-même, ne pas paraître faible. Et puis, comme je ne peux rien y faire, que pourraient faire les autres ?

Une autre façon de faire ?

Pierre m’appelle un jour et m’annonce qu’il est atteint d’une leucémie. Quand il a appris la nouvelle il a décidé de téléphoner à une vingtaine d’amis pour leur dire : « je veux me battre et pour cela j’ai besoin de constituer une équipe de choc, car pour guérir je vais avoir besoin de mes amis. » Il en a effectivement passé du temps, avec son équipe, au téléphone depuis sa chambre stérile. Pierre a osé dire ce qui lui arrivait, a clairement demandé de l’aide et assumé ses passages à vide. Et quand il m’appelait pour parler un moment, je me sentais pleinement à son service, concernée et co-responsable de sa guérison… Et Pierre est guéri.

Et si on en parlait ?

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